Au-delà de ce que l’on aimerait croire.

Publié le par leblogdeserge.over-blog.com

Quel magnifique rassemblement que celui de la place du Trocadéro à Paris, le 23 juin 2010.
Toute la communauté juive de France, rassemblée, unie, soudée, comme elle sait le faire à chaque fois qu’un danger la menace.

Toutes les tendances étaient là, des activistes jeunes indisciplinés et rarement inspirés de la LDJ, aux félons signataires d’appels démagogiques et qui se souviennent que leur « clientèle » est aussi et surtout faite des membres de la communauté.

Joli exercice en vérité, que de signer un appel pour la mise en place de sanctions contre Israël et parallèlement de protester contre un acte de guerre délibéré commis contre cet état, le kidnapping d’un soldat sur son sol national…

Tout le monde était la donc, des vieux, des jeunes, des riches, des pauvres, des ambitieux aussi à qui le micro donne des ailes, des hommes politiques qui ont choisi un camp, d’autres qui sont là en observateur.

N’oublions personne, des CRS, beaucoup de CRS, énormément de CRS…

Et voilà que les choses deviennent troublantes… ne vous est-il jamais arrivé de vous poser la question de savoir de quand date la dernière manifestation « traditionnelle » en faveur d’Israël ?

Souvent tous en chœur nous avons protesté, crié notre indignation, nous nous sommes insurgés, contre ceux qui voulaient faire de nous des citoyens apeurés de la république, combien de rassemblements, combien de meeting, combien de protestations… mais de manifestation : point !

Il doit bien y avoir une raison à cela, pourquoi ne pourrions pas nous faire entendre au même titre et avec les mêmes moyens que les autres communautés ou groupement d’intérêts, qui pour la plupart ont moins de raisons de s’inquiéter que nous.

La manifestation nous est donc de facto interdite, par qui ?, les instances communautaires inquiètent de notre sécurité ?, les pouvoirs publics, incapable de protéger efficacement un cortège ?, dans tous les cas de figure la question reste entière… et troublante…

La situation que les juifs d’Europe, et principalement de France, vivent, s’est donc imposée comme la normalité, nos enfants aujourd’hui seraient donc choqués si la vision d’hommes en arme devant leurs écoles, leurs synagogue, leurs centres communautaires, devait disparaitre, personne ne se demande si la présence de ces forces de sécurité sont moralement acceptable et les raisons véritables qui ont poussés les pouvoirs publics à les maintenir au-delà de circonstances exceptionnelles.

Il en arrive même à se demander si la seule différence entre notre situation et celle des juifs d’avant-guerre n’est pas que les pouvoirs publics, face à l’opinion hostile nous protègent… pour le moment.

Mais revenons à nos protestations, soit nous ne pouvons plus manifester, soit notre sens de l’organisation et du spectacle est merveilleux, nous étions hier quelques fois plus près du concert de Johnny Hallyday que du meeting politique, soit nous sommes protéger par deux cordons opaques de CRS, mais ce qui restait de plus étonnant fut quand même ce périmètre délimité par deux rangées de barrières protégées par deux niveaux d’hommes de sécurité.

Certaines places fortes romaines furent moins protégées…

Comprenons-nous bien, je ne conteste pas l’utilité du dispositif je m’insurge contre le fait qu’il paraisse indispensable !!!, non seulement privé du droit constitutionnel de manifester nous le sommes aussi du droit de nous déplacer.

Rappelons-nous les innombrables manifestations pro palestinienne, les « morts aux juifs » fusaient du châtelet à la concorde, sous l’œil débonnaire de gauchos satisfait de briser du juif suppôt du grand capital, ou de fachos avide de terminer un travail commencé il y a 70 ans, sans oublier les éternels démagos et collabos de circonstance dont l’odeur nauséabonde est véhiculée par le vent du moment.

Tournons-nous vers les pouvoirs publics, posons leur ces questions qui doivent nous interpeller, demandons leur, exigeons leur des actes.

Pour en revenir à notre Garden party, on eut malheureusement plus souvent l’impression d’être dans une Bar Mitzva géante que de faire partie d’un acte majeur de résistance, chacun s’embrassait, retrouvait ces amis, constatais une prise ou une perte de poids, s’enquérait de la santé ou des diplômes des enfants, tout le monde devint grave quand il le fallut, nous avons vécu un grand moment d’unité.

Cela étant, et malgré de trop rares exceptions, je ne vis dans l’assistance aucun soutien hors communautaire, soutenir une communauté de quelques centaines de milliers d’âmes face à la vindicte de plusieurs millions doit sembler pour les professionnels de la compassion trop compliqué quand il s’agit de juifs.

Ou sont les français de souche révoltés par l’injustice ?, ou sont les commentaires complaisants des médias ?, ou sont les défilés d’hommes et femmes de gauche toujours prêt à défendre le faible et l’opprimé ?, ou sont les pseudos artistes engagés ?, ou sont les associations antiracistes ?, ou sont tous ceux qui prétendent que l’équité et la justice ont de l’importance pour eux ?...

Guilad Shalit est un soldat de l’armée israélienne, ce statut suffit pour lui dénier sa qualité de victime, qui parmi les biens pensant énumérés plus haut verra en lui, un gosse d’une vingtaine d’années, kidnappé par des crapules, vivant depuis 4 ans au fond d’une cave, à peine nourri, à peine soigné… mais ce n’est pas encore assez à leurs yeux…

Le rassemblement d’hier est un grand succès qui nous montre à quel point la communauté sait se souder et se soutenir dans les moments de doutes ou de craintes, mais c’est aussi une monumentale défaite qui nous aura vu abandonner de toutes les autres composantes de la société française.

C’est avec un gout amer que le soir même j’empruntais « l’allée des justes » qui longe le mémorial de la Shoah, je pensais d’abord à l’interminable litanie des noms des suppliciés, tellement nombreux que les parois immenses de ce monument de résistance à la barbarie y suffisent à peine, puis ensuite je vis à l’extérieur les noms de ceux des 45 millions de français qui ont eu le courage et l’envie de se lever contre l’éternelle hystérique qu’est l’antisémitisme, et de constater qu’ils furent 3.158…

Publié dans France

Commenter cet article