Raisonnons sereinement

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Comment aurions nous pu croire qu’une telle horreur fut possible ?, bien sur cela faisait plusieurs années que nous pressentions un mal être de la communauté juive dans la société française.

Paranoïa nous répondait on alors, n’est ce pas d’ailleurs propre au juif que de se sentir persécuté ?

Du multi séculaire antisémitisme chrétien au soixante huitard antisémitisme de gauche en passant par le fantasmagorique antisémitisme panarabe (celui qui prétend que les arabes forment une seule et même nation en guerre contre l’usurpateur israélien, donc par extension : le juif), les prémices de la haine, puis son affirmation de plus en plus décomplexé on fait de la communauté juive française une citadelle assiégé dans son propre pays !!!

Chaque juif devenant alors complice d’une prétendue « criminelle armée » qui ne cherche en vérité qu’a défendre sa terre et ses enfants.

L’immonde antisémitisme, notion juridiquement pénalisée, faisant alors sa mue pour se transformer en un très « tendance » antisionisme, justification simpliste et stupide d’une haine déguisée sous des habits politiques, et qui présente l’avantage, pour peu de temps espérons le, pour ces escrocs de ne pas les mener devant le tribunal correctionnel.

C’est ce mélange abject qui aurait été à l’origine du cauchemar d’un enfant de 22 ans !!!, les clichés reviennent avec persistance, on revoit sur du papier jauni la photo de Pétain et ses arguments nauséabonds du juif comploteur, on pressent dans le rouge sang stalinien la puanteur de l’hypothétique « richesse juive », on noie dans le vert de la haine islamique les théories totalitaire des nazislamistes négationnistes d’Israël.

Pour ce magma immonde on enleva, frappa, maltraita, tortura et tua, un jeune homme à l’orée de sa vie, son sourire rempli de promesses et de joie hante tout ceux qui aujourd’hui, tremblent pour leurs enfants, pour leurs idéaux.

Toute personne censée aura avant tout une pensée pour une famille meurtrie et mortifiée, toute personne censée ne pourra que s’imaginer, le sang glacé, à la place de cette mère à la fois digne et touchée qui perpétue avec un amour incommensurable la mémoire de son fils supplicié.

Toute personne censée aura un profond dégout face aux diarrhées verbales du principal accusé qu’on a du mal à qualifier d’être humain…

L’agonie d’Ilan Halimi n’est pas un acte isolé d’antisémitisme, il représente à ce jour, et en craignant pire dans l’avenir, son paroxysme.

Mais des milliers d’autres meurtres sont commis chaque jour en France, et quand ce n’est pas une vie qu’on arrache à l’affection des siens, c’est la tolérance que l’on assassine, quand ce n’est pas un enfant qui se fait torturer, c’est la liberté qui se meurt, quand ce n’est pas un homme que l’on humilie, c’est la peur qui triomphe, et la victime est trop souvent issue de la même communauté.

Alors les psychosés de la comparaison systématique osent encore opposer à l’horreur, des actes de désespoir isolés teintés d’autodéfense, les quelques dizaines de militants du bétar et de la LDJ sont montrés du doigt par les complices de tout niveaux du meurtre d’Ilan… pour avoir mouillé des livres.

Les juifs français orphelin du pouvoir, abandonné de la protection républicaine vivent aujourd’hui sans doute leurs heures les plus sombres depuis 1940, et ce qui hier encore passait pour inimaginable devient aujourd’hui plausible, nous sommes en danger de mort !!!, une mort spirituelle d’abord, les synagogues sont devenues des forteresses, les juifs ne portent plus de signes distinctifs tels les nouveaux marranes, se revendiquer juif est un danger.

La république doit traiter tout ses enfants de la même façon mais même l’aveu d’un accusé justifiant son acte par la haine du juif est remis en cause par les bien pensants du pouvoir, de la justice et de l’opinion publique ; a tel point que l’évidence devient aléatoire.

Comment ne pas se sentir abandonner, comment ne pas se sentir trahi, comment ne pas se sentir en insécurité devant l’apathie des pouvoirs publics et leur prétendue volonté de préserver la « paix civile » au prix de la sécurité de la communauté juive.

Les leaders communautaires s’organisent, se mobilisent pour tenter d’exister et de dresser autour des juifs français un rempart de sécurité en faisant reconnaitre leur simple droit à une vie normale.

Des initiatives extraordinaires de dévouement fleurissent, la vigilance est de mise, le BNVCA de M. Gozhlan, par exemple, abat un travail remarquable, et la communauté retrouvent grâce à cela un peu d’espoir dans son avenir dans ce pays.

L’omniprésence de nos responsables dans le drame d’Ilan Halimi a permis de ne pas reléguer ce drame aux oubliettes des faits divers et devant la tentation initiale des pouvoirs publics de ne pas lui donner sa véritable dimension, la publicité faite, en particulier la remarquable manifestation organisée après le drame, ont permis de remettre l’affaire au centre des problèmes de société.

Choqués et souvent effrayés, les juifs de France ont à cœur aujourd’hui de relever les manquements de l’enquête, les oublis, les approximations, les mauvais recoupements, souvent au risque d’agacer une hiérarchie policière qui, malgré tout, dénouea les fils compliqués qui menaient aux meurtriers.

Toutefois il serait injuste de ne pas reconnaitre la sagacité avec laquelle les résultats furent obtenus et rien ne nous indiquent qu’Ilan n’aurait pas été tué dans la précipitation, si l’étau s’était resserré avant.

La police restant une allié objective, de par sa mission de maintien de l’ordre, de notre communauté, il semble judicieux de leur accorder le droit à l’imperfection et pour un drame comme celui d’Ilan combien de vies ont-ils permis de sauver, nul ne le saura…

Les assassins enfin démasqués, la justice pris le relais pour établir les rôles et responsabilités de chacun, devant l’incroyable loi du silence, reflétant la plus ignoble des lâchetés il ne fut pas simple pour les magistrats instructeurs de remettre chaque « barbare » à sa place.

Entre un pathétique psychopathe pérorant et gesticulant tel un animal, et de médiocres complices oscillant entre pleutrerie et débilité, les juges finirent par reconstituer le film d’horreur avec exactitude et précision.

Vint l’heure du jugement, le huis clos fut demander avec empressement par les accusés mineurs au moment des faits, ce qui fut d’abord ressenti comme une immense frustration fut à mon sens une bonne chose, car à l’inconvénient de ne pouvoir avoir la juste publicité au débat, cela eu pour effet immédiat de priver ces singes dégueulant de haine d’une tribune inespérée, ce qui dans le contexte actuel de la société française n’aurait pas manquer de faire de nouveaux adeptes (voir dans mes articles « cela commence souvent par un procès… »).

Et au vu de l’entrée en matière du criminel dégénéré multipliant les provocations tout laisse à penser que certaines banlieues aurait fini par voir en lui un martyre de la « cause ».

Puis vint la fin du procès et les réquisitions de l’avocat général, appliquant à la lettre le principe de la personnalisation de la peine, celui-ci entrepris une graduation des responsabilités qui apparut dans les peines requises.

Tout à notre peine, notre émotion, notre colère et notre inquiétude, incapable de réagir en droit et en raison plusieurs membres de la communauté lancèrent avant même l’énoncé du verdict une campagne, prématurée, de protestation concernant l’apparente clémence des peines requises à l’encontre de certains accusés.

Cette campagne, qui à l’époque ne pouvait qu’être interprété comme un procès d’intention, le verdict n’étant pas rendu, à certainement pesé sur celui-ci la justice ayant en général à cœur de démontrer son indépendance et sa totale indifférence aux pressions.

En ce sens ces gesticulations à mauvais escient contribuèrent à relayer l’idée que ce drame n’en était peut être pas véritablement un (voir les commentaires hallucinants sur certains forums internet de grands journaux parisiens) auprès d’une population précise déjà fort mal disposée à l’égard de la communauté juive de France.

Il devenait évident alors que le verdict ne pouvait donner satisfaction à la rue !!!, non pas que la rue avait tort, mais au nom de la sacro sainte indépendance de la justice et surtout de l’argument larvé de la « paix civile ».

L’inadmissible clémence effective du verdict devenant en partie la résultante d’un mouvement de rue prématuré et de pressions à tous niveaux mal vécues.

Pourtant la mobilisation constatée est utile, en affirmant notre forte volonté et une apparente unité, nous tentons de faire opérer aux responsables politiques de tous bords une prise de conscience salutaire qui ne ferait pas des juifs français des étrangers dans leur propre pays.

A ce titre nous agissons aussi comme la conscience de la France qui aujourd’hui oscille entre indifférence et oubli.

Mais cette mobilisation se fait sur des bases dangereuses car elle ouvre une brèche dans nos mécanismes de défense.

En contestant l’autorité de la justice, par des moyens démagogiques le plus souvent, nous sapons l’autorité de notre principal rempart contre les barbares antisémites de toutes obédiences.

C’est la justice qui condamne Le pen pour propos antisémite, c’est la justice qui interdit la diffusion des propos négationnistes, c’est la justice qui freine le délire des propos de Mbala et de son improbable clique de guignols, c’est la justice qui incarcèrent les minables de banlieue harceleurs de porteur de kippa, c’est la justice qui nous protège, tant bien que mal, contre toute résurgence de l’historique hystérique et cela quelque soit sa couleur, brun, rouge ou vert !!!!

Si demain nous infléchissons son cours par nos manifestations nous qui sommes si peu, alors que se passera t’il quand nos ennemis, tirant une fois de plus les leçons de notre succès, adopterons nos méthodes, eux qui sont si nombreux ?

Sur le principe peu m’importe la justesse de notre cause, car elle est juste et nul ne peut la contester, mais nos méthodes apparaissent clairement comme suicidaires et porteuses d’un précédent dont nous ne pourrons que nous repentir…mais trop tard !

La justice en France interprète les lois, elle ne les fait pas, c’est un constat, si les peines nous semble clémentes, c’est parce que la loi permet qu’elles le soient, les responsables en sont donc les politiques et non les magistrats, mais contre les politiques et leurs laxismes nul manifestation…

On prend à parti un magistrat du parquet unanimement apprécié par ses pairs, parce que ses réquisitions nous paraissent clémentes, mais que savons-nous réellement du dossier ? y avons-nous eu accès ?, en connaissons nous les méandres ? Seul les accusés, les parties civiles et les magistrats peuvent le consulter, aucun journaliste, aucun responsable communautaire.

J’ai même entendu contester les verdicts de relaxe prononcé en faveur de deux des accusés, et s’ils étaient tout simplement étrangers au drame ? Leur présence formalise t’elle leur culpabilité.

Combien d’entre nous ont eu ou auront l’occasion d’assurer leur défense devant un tribunal, devront il considérer que le fait d‘y avoir été renvoyé fait forcément d’eux des coupables ?

Mettre en cause le verdict c’est la certitude de créer un précédent qui se retournera contre la communauté.

Est-ce de la lâcheté ou de l’immobilisme de parler ainsi ?, je ne le crois pas, ce n’est même pas de la prudence, c’est de la logique, Ilan est mort, tombé sous les coups d’animaux abjects, sommes nous certain qu’un verdict différent fera changer les mentalités dans les réseaux antisémites, franchement le penser rajouterai aux tenants de cette position, la naïveté à la légèreté !

En dénonçant cette attitude on permet à la communauté d’aborder les années difficiles à venir avec les meilleures armes, car à moins de se défendre violemment, la justice est notre seul rempart !!!

La dimension tactique de l’erreur commise par la démonstration de notre indignation légitime ne doit pas se transformer en déroute stratégique, déjà on entend hurler au lobby juif, au deux poids deux mesures, et a toutes les insanités habituelles vomies par les champions de la connerie universelle.

Au cours du déroulement judiciaire de ce drame je me rappelle d’avoir pris des positions souvent contestées par ma communauté, j’ai défendu l’idée d’un huis clos, j’ai anticipé la probable clémence des juges (je l’avais même envisagé pour l’animal prétendument islamiste), j’ai tout de suite après le verdict envisagé l’appel du ministère public sur les peines ayant été prononcées en dessous des réquisitions du parquet.

Cela fait il de moi un génie ou un visionnaire, je ne le crois pas (a mon grand désarroi d’ailleurs), mais parce qu’il s’agit simplement de logique, je prie aujourd’hui pour que nos actions de manifestations ne me donne pas cette fois raison.

Alors au delà de la légitime émotion et de la non moins légitime indignation que nous pouvons ressentir, je m’interroge sur les motivations des organisateurs de cette manifestation, la question reste ouverte…

Mais que pouvons nous réellement faire et comment tiré les bonnes leçons du martyre d’Ilan ?
Avant tout en exigeant des pouvoirs publics des mesures fortes et efficaces dans le domaine de la sécurité, de la propagation des idées nauséabondes, des effets de rhétoriques permettant de remplacer un mot (antisémitisme) par un autre (antisionisme) pour désigner le même moisi intellectuel.

Exiger des pouvoirs publics non pas une mobilisation dans les cas extrêmes, mais une répression judiciaire au quotidien de tout les actes antisémites qui pourrissent la vie au quotidien de la communauté.

Enfin rétablir l’ordre républicain dans les écoles de la république avec la fin de l’influence de certain clergé ne partageant aucune des valeurs séculaires de notre pays.

Faire en sorte qu’il soit possible dans un collège de banlieue d’étudier la shoah sans qu’un merdeux de 13 ans puissent s’élever contre un « mythe », faire en sorte que l’amalgame et le transfert du conflit Israélo-palestinien soit sévèrement réprimé.

Mais tout cela n’appartient pas à la justice mais au pouvoir politique, auront nous le courage d’organiser une manifestation pour cela ?

Publié dans France

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