La marche inquiétante des choses

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Nicolas Sarkozy a été intronisé champion de la famille politique, dont je me réclame, à ce titre il fut triomphalement élu à la présidence de la république au terme d’une campagne ou démagogie et médiocrité furent élevés à un niveau rarement atteint dans ce pays.

Toutefois je me faisais un point d’honneur à accorder au nouveau dirigeant le bénéfice du doute impalpable qui m’envahissait, et, de considérer que toutes ces gesticulations, tout ces « coups d’éclats », tout ce faux dynamisme déplacé, n’était pas le fait d’un velléitaire sur-actif, mais bien les prémices d’une impulsion nouvelle dans tout les domaines de la société française.

Beaucoup de choses nous furent donc promises depuis 2 ans, et à vrai dire certaines furent accomplies, d’autres engagées et les dernières oubliées, que ce soit dans le domaine économique, social, sécuritaire, judiciaire…, des mesures furent prises et eurent un impact sur notre vie quotidienne.

Non en vérité mon inquiétude n’est pas la !

Ce qui me gène le plus est d’ordre constitutionnel !!!, abstrait me direz vous ?, quelle influence sur notre vie quotidienne ?, combat au mieux de juristes au pire d’intellectuels en mal de notoriété !, sujet ardu, fermé au grand public qui de toutes façons n’y comprendrait pas grand-chose ?

Oui, mille fois oui, la matière constitutionnelle arriverait à faire mourir d’ennui un moine tibétain, oui, mille fois oui, le rapport entre la loi fondamentale et son incidence directe sur la vie quotidienne est aussi visible qu’un pois chiche de la station spatiale orbitale.

Et pourtant, c’est bien la ou tout se défini, ou l’on sait la nature du régime dans lequel nous nous apprêtons à faire vivre nos enfants, ou nous envisageons de prospérer en liberté, égalité, sécurité et tolérance.

Et au regard des dernière mutations voulues par notre « président-soleil », un immense frisson d’effroi m’envahit et me fait craindre de voir petit à petit la France ensevelir sur l’autel de l’ambition ces valeurs les mieux ancrés.

Notre « président-soleil » est un fervent admirateur des États-Unis, et plus spécialement de leur système constitutionnel, qui, il faut bien le dire fonctionne à la perfection.

Schématiquement le système américain peut se résumer ainsi, un président élu pour 4 ans (deux mandats seulement possibles), concentrant tout le pouvoir exécutif dans ses mains, responsable de ces actes devant le congrès (réunion des deux chambres) et pouvant subir un contrôle voire une destitution (procédure « d’impeachment » en cas de faute grave).

Les lois sont créées par le congrès, le président les exécutent et la cour suprême les interprètent.
La finesse du système tient dans le jeu subtil des pouvoirs et contre pouvoirs qui donnent à la démocratie américaine un caractère unique et lui permet de revendiquer une place de leader quant au respect des libertés fondamentales.

Ainsi le président peut opposer son véto à une loi du congrès, pouvoir qui en échange est contrebalancé par la possibilité pour le congrès de destituer le président, de plus de nombreuses commissions d’enquêtes parlementaires sont très régulièrement instituées permettant un contrôle tant politique que judiciaire de l’exercice du pouvoir exécutif.

On comprend à cet éclairage que notre président puisse être tenté par l’instauration d’un régime du même type en France.

Ces motivations sont de plusieurs ordres, le premier, à ne pas négliger, tient à l’orgueil, la constitution de 1958 est d’origine Gaullienne, le général, personnage au charisme envahissant et auréolé d’une gloire acquise dans l’épreuve et l’adversité ne peut être comparé à notre président actuel, qui si a certaines occasions à su ne pas manquer de courage (prise d’otage à l’école de Neuilly en particulier), ne peut en aucun cas rivaliser sur ce terrain avec le grand homme (sic !).

Or l’orgueil de notre présent guide n’a aucune corrélation avec sa dimension physique, bien au contraire, il lui devient chaque jour plus difficile de vivre sous l’égide d’une constitution qu’il n’aurait pas lui-même inspirée !!! La preuve : les coups de boutoirs répétés portés contre notre constitution s’échinant à en modifier profondément l’équilibre.

La deuxième motivation tient à un prétendu souci d’efficacité, en nommant un 1er ministre atone voire transparent, il monopolise le temps de parole et l’accès aux médias, dans une sorte d’ébauche du culte de la personnalité, tout en revendiquant le droit de ne pas être considéré comme un chef de parti.

Cette attitude mais en péril le principe d’équité du temps de parole devant la nation au profit du petit homme et constitue une première attaque d’importance sur une de nos libertés fondamentales : celle d’être informé de manière impartiale.

L’annexion de la fonction de premier ministre et sa mutation en 1er porte parole de la présidence, sont en soi et dans l’esprit une façon de rendre caduque la constitution de 1958 ou pourtant le rôle de celui-ci est précisément défini.

En devenant le seul interlocuteur de la nation le président instaure une relation intuitu-personae à la manière des tyrans ou dictateurs (au sens littéral latin) de la Rome antique.

Tyran ou dictateur les mots sont dits, bien sur ceux qui vivent sous les véritables dictatures partout dans le monde, aimerait bien adoucir leur peine en goutant à la notre, ne nous y trompons pas cependant, en nous érigeant de manière permanente en donneur de leçon et en gardien de la morale universelle, notre pays s’est créé un devoir, celui d’être irréprochable de ce point de vue la.

Nous avons depuis deux ans tous pu constater des signes inquiétants du processus en cours.
Cela a commencé par l’exécrable « ouverture », procédé politique démagogique consistant à joué sur les orgueils et les bassesses de l’ambition pour enrôler des traitres à sa cause.

L’ouverture Sarkozyste est poussé à un point jamais atteint, cette volonté de créer l’unanimité autour de ses opinions fait partie d’un raisonnement contestable, l’unanimité annihile le débat, empêche la contestation et la lutte des idées, appauvri la société et l’initiative quelle soit individuelle ou collective.

Alors pourquoi notre président recherche t’il avec autant de fougue cette unanimité ? Quelle serait sa réaction si fort des véritables pleins pouvoirs quelqu’un envisageait de le contester ?, tentera t’il aussi de l’acheter par des honneurs ou des maroquins ? Ces questions vous paraissent disproportionnées sans doute aujourd’hui… mais demain ?

Des lois liberticides sont de plus en plus envisagée avec l’illusion du légalisme, s’agit il de brimer la liberté d’expression sur internet, la France ne pouvant se permettre les méthodes chinoises, il diligente la loi Hadopi, les fichiers policiers de toutes sortes se multiplient, sans possibilité de consultation, de modification ou même d’information, on place avec encore plus de force ses amis aux postes clés économiques de la nation, en créant une oligarchie de copains, on recrée une aristocratie des copains vivant sur le dos du nouveau tiers états.

Et maintenant on modifie la constitution afin que l’un des piliers de la doctrine politique française s’effondre, la séparation des pouvoirs, depuis peu le président pourra se faire entendre au congrès, Montesquieu se retournant sans doute dans sa tombe.

Alors si je veux bien admettre que je sombre dans une profonde paranoïa et qu’en vérité ce président ne recherche que notre bien être, je suis obligé de constater une chose simple, il a décidé de transformer notre système parlementaire en système présidentiel.

Pourquoi pas après tout, le quinquennat était déjà un des prémices de cette mutation et personne ne soupçonna ce brave Chirac de vouloir fomenter un coup d’état constitutionnel !!!

Notre inquiétude vient d’une simple question, le mode opératoire choisi pour cette mutation, pourquoi opérer à petit pas ? Pourquoi ne pas consulter le peuple français sur ses volontés ? Quelles garanties de bonne fin au processus ? Quelles conséquences en cas d’abandon du processus en cours de route ?

Sarkozy doit comprendre que la constitution ne lui appartient pas, qu’elle contient en son sein les modalités de sa propre révision, il doit assumer de soumettre son projet au peuple et arrêter de penser que celui-ci ne serait qu’un faire valoir au service de sa propre gloire.

Si le président s’arrêtait aujourd’hui dans ces réformes, il disposerait de tous les pouvoirs impartis à un président sous un régime présidentiel, mais ne serait tempéré par aucun des contres pouvoirs nécessaires à ce type de système.

Cela s’apparenterait alors à une dictature…

Publié dans Société - Economie

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