Ils ont tué le prophète (I)

Publié le par le blog de serge.over-blog.com

chapitre i

 

Va où tu veux, meurs où tu dois.

 

Angoissant ce silence, tout comme cette nuit, pareil à cette journée, qui elle-même s’inscrivait dans la droite ligne de cette semaine, qui semblable à la précédente ne faisait que s’inscrire dans la continuité de ce mois, celui-là même qui fut la copie conforme du précédent…

 

En vérité cela fait plusieurs années que j’ai l’impression d’assister au long et inexorable écoulement du sable dans le sablier de l’histoire, avec la sinistre impression que ce compte à rebours est macabre.

 

J’ai la chance d’occuper un poste d’observation de tout premier ordre, ma place de journaliste-grand reporter au Jérusalem Post me permet de connaitre, d’analyser, comprendre, relayer et parfois trier l’information, je la reçois, je la perçois plus vite, plus profondément.

 

Voilà 17 ans que j’essaie pour nos lecteurs de déchiffrer l’actualité en provenance des pays arabes, la jauger, l’évaluer, en extraire la part de vérité, être journaliste sur le monde arabe c’est aussi un peu être psychanalyste, en isolant la part de fantasme, la part de frustration.

 

En 17 ans j’ai mené des enquêtes officielles, mais aussi des officieuses, je suis entré dans certains pays en toute clandestinité et en est sorti des informations et des enquêtes, 17 ans de risques inouïs pour percevoir, et surtout faire percevoir, l’extraordinaire complexité géopolitique du moyen orient.

 

Identifier, classifier les partis, groupes ou groupuscules n’est pas la moindre des taches, friands par nature de titres et honneurs, les orientaux sont passés maitre dans l’art de créer une multitude de tendances ou mouvances, toutes plus obscures les unes des autres, disposant de filiations et d’affiliations dans un jeu quasi médiéval ou chacun voudrait être suzerain quand presque tous sont vassaux.

 

J’adore ce que je fais, j’adore aussi ce que je suis, j’adore encore plus ce que j’ai vécu et ce que m’apprête à vivre, j’ai choisi cette vie au service de l’information, elle est pour moi la suite logique d’une carrière riche en aventure.

 

Je m’appelle Meir Goldstein, à 46 ans le moins que l’on puisse dire est que je ne me suis rien épargné, à croire que depuis mon adolescence je ne supporte aucune autre situation, que celle s’accompagnant d’une énorme tension émotionnelle.

 

Le risque comme mode de vie, le courage et la rage pour alliés, la peur pour compagne, et la victoire pour objectif, se battre contre quoi ?, contre qui ?, les causes et adversaires n’ont pas manqués quitte à en inventer en période creuse !!!

 

On ne peut pas dire que ma scolarité fut rythmée par des succès époustouflant ayant gonflés d’orgueil mes parents, un peu touriste, un peu acteur, j’ai toujours considéré l’école comme un théâtre pour mes représentations, mon public, mes amis, mes professeurs aussi, les filles surtout, les autres quoi.

 

Les années passent subissant plus que maitrisant les paliers scolaires, comptant sur la chance et sur ma capacité à accélérer une fois constater le fait d’avoir le dos au mur, et a force d’être collé au mur en période d’examen j’aurais largement pu me transformer en mur porteur, mais conscient qu’un minimum de bagage scolaire était nécessaire pour éviter à un destin maussade, je consentais à fournir chaque année ce dernier effort.

 

Sans être un patronyme rare, Goldstein en France est plutôt ethniquement « marqué », et très tôt l’une des seules choses que je prenais au sérieux dans ma vie de plaisir et de jeux, fut mon attachement viscéral à Israël, plus traditionnaliste que pratiquant, plus laïc que religieux, une force étrange chaque jour grandissante m’attachait à ce pays, plus qu’à un pays, à ce concept, plus qu’un concept, à cette philosophie qu’est ce minuscule état fait de la volonté forgée durant 2000 ans, façonné par le sang des suppliciés, les larmes des rescapés et la richesse des leçons de 2000 ans de massacres et de spoliations.

 

Israël fut, dès l’éveil de ma conscience politique, l’unique objet de ma pensée et apparaissait comme l’endroit naturel ou je me devais de vivre, curieusement, bien que je ne fus jamais en retard d’un projet et que l’une de mes activités principales était d’en rabâcher les oreilles de mon entourage, je restais particulièrement, et inhabituellement discret sur mon inaliénable projet de vivre dans ce pays.

 

L’épreuve du bac n’en fut pas une, au terme de ce que sans doute l’histoire qualifiera comme un des plus gros scandales qu’est connu l’éducation nationale, je parvins à décrocher mon diplôme sans trop de difficulté, ce simple fait pris pour moi la forme d’une preuve irréfutable de l’existence de Dieu, pas forcément au point d’en suivre à la lettre les rigueurs de ces préceptes, mais me conforta dans l’idée que si celui-ci me permit d’être bachelier dès la 1ère année, c’était principalement pour que je puisse partir vivre en Israël le plus tôt possible, et mettre au service de ma passion pour lui mes nombreuses et incontestables qualités, quoique mal définies encore à l’époque.

 

J’ai alors 18 ans, grand, plus d’un mètre quatre-vingt, sportif, doté de qualité physique indéniables, si ce n’est en endurance au moins en puissance, en particulier d’une force herculéenne qui fait l’étonnement de tous ceux qui y sont confrontés.

 

Des cheveux noir de geais, surmontant un regard rieur d’un marron commun mais d’une expression rare, le teint clair se halant légèrement au soleil, la barbe fournie, le visage pourrait se qualifier de « tronche » en jargon de cinéma, une sorte de Lino Ventura à 20 ans, mes larges épaules et mon torse musclé me donnant malgré ma taille une allure râblée.

 

Le charme se dégageant de l’ensemble avait très largement fait ses preuves auprès des femmes, je dégageais de la force et de la sérénité, du dynamisme et de la réflexion, je travaillais mon image comme on optimise un patrimoine, accentuant les aspects physique de ma personne qui me mettaient en valeur, tout en compensant les autres par l’expression d’un charisme pas toujours naturel.

 

C’est ce personnage riche d’expérience pour son âge, mais qui était encore un enfant qui prit la décision dès son bac en poche, de partir vivre dans un pays inconnu ou il ne disposait d’aucune attache.

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